Jérôme Lèbre

Stations — ou comment tenir l’immobilité — Immobilités et mouvements collectifs
Document du mardi 2 février 2016
Article mis à jour le 17 mai 2016
par  Manuel Pérez Rodrigo

Stations - ou comment tenir l’immobilité
— 2016 —
Immobilités et mouvements collectifs

Séminaire du
Collège international de philosophie
et de l’Institut des hautes études en psychanalyse

organisé par Jérôme Lèbre
directeur de programme au Collège International de Philosophie
et membre de l’Institut des Hautes Études en Psychanalyse

Jeudi 18 février, jeudi 17 mars, jeudi 14 avril, jeudi 19 mai 2016,
lycée Henri IV, Paris 5e - 18h30-20h30,
sauf la séance du 17 mars 2016
au lycée Hélène Boucher, Paris 20e - 18h-19h30

Argument général


L’immobilité n’est pas une catastrophe. Elle ne se confond pas non plus avec la simple inertie. Plus immobile qu’elle, elle tient, se tient au bord de l’abîme, et elle y reste autant que possible. Il ne faut pas attendre d’elle qu’elle s’accomplisse dans le mouvement : elle est déjà aussi un mode du mouvement, un repos dynamique ou tonique. Se refusant à toute éternisation, elle se dissémine dès lors en une multiplicité de stations, images, textes, corps, pensées, si bien que l’on peut aller loin sans faire un seul pas.

Cette expression, « ne pas faire un pas », est prise dans ce séminaire avec le plus grand sérieux et dans toute son extension. Après tout c’est elle qui, chez Kant, caractérise la métaphysique. Ce n’est pas une métaphore : elle implique une pratique de la pensée, une manière de méditer, parfois sur une seule jambe (Nietzsche), ou plutôt des pratiques dont certaines sont vieilles comme le monde. L’immobilité implique le corps, qui tient selon un certain équilibre. Certes il n’y a rien de plus dur à tenir que l’immobilité (à l’école, en prison) mais cette dureté est celle de la photographie (Sam Taylor Wood), des plus grands films (Fenêtre sur cour), de la poésie. Que l’on pense à Artaud : il faut un beau pèse-nerfs, « une sorte de station incompréhensible et toute droite au milieu de tout dans l’esprit ».

Chaque séance est une station. C’est bien ce qu’elle est toujours, une station assise, donc paradoxale ; on se demande pourquoi et comment on tient et pour combien de temps encore. Comment le comédien, le danseur, celle ou celui qui pose, mais aussi l’œuvre, l’image, l’écriture tiennent-ils immobiles ? Et les animaux ? Et le couple homme-cheval ? Et les hommes dans un embouteillage, un aéroport, une station de métro ou une station balnéaire ? Quel avantage, quel danger, y a-t-il à maintenir immobile un groupe de CRS, une armée ? Comment toutes ces immobilités évoluent-elles, quels changements de position provoquent-elles ? A l’horizon, immobile, de ces questions se tient une certaine idée du courage.
Jeudi 18 février, avec Fabien Jobard :
« Maintien de l’ordre : statique et dynamique des forces de l’ordre »
18h30-20h30
Lycée Henri-IV, 23, rue Clovis, 75005 Paris. 
Ouvert à tout public, penser à amener une pièce d’identité pour entrer dans le lycée.

Entretien avec Fabien Jobard, sociologue, chercheur au CNRS (Centre Marc Bloch, Berlin). Nous parlerons des situations d’immobilisation de la police et des manifestants en les mettant en relation avec les situations de mouvement, pour comprendre comment se « maintient » une manifestation. Nous verrons plus généralement si la pratique du maintien de l’ordre relève de la statique ou de la dynamique.

Jeudi 24 mars, avec Arlette Farge
18h-19h30
Lycée Hélène Boucher, 75 cours de Vincennes, 75020 Paris, salle Louise Fontaine. Ouvert à tout public ; pour les personnes extérieures au lycée, inscription préalable par mail à l’adresse lebrejerome sfr.fr.

Jeudi 14 avril, avec Pascal Séverac
18h30-20h30
Lycée Henri-IV, 23, rue Clovis, 75005 Paris. Ouvert à tout public, penser à amener une pièce d’identité pour entrer dans le lycée.

Jeudi 19 mai, avec Philippe Artières
18h30-20h30
Lycée Henri-IV, 23, rue Clovis, 75005 Paris. Ouvert à tout public, penser à amener une pièce d’identité pour entrer dans le lycée.
 
Argument du séminaire - 1er semestre 2016
Sois sûr d’avoir épuisé tout ce qui se communique par l’immobilité et le silence 
(Robert Bresson, Notes sur le cinématographe).

Dans ce séminaire l’immobilité est étudiée non comme le simple négatif du mouvement, mais comme une situation incontournable qui ressort discrètement dans un monde mobile. Se refusant à toute éternisation, l’immobilité se dissémine en une multiplicité de stations, images, textes, corps, pensées, si bien que l’on peut aller loin sans faire un seul pas.

Le séminaire « stations » (argument général ci-dessous) se concentrera cette année sur les situations d’immobilité collective : nous nous intéresserons à ce qu’attend le droit de ce qu’il présente comme une simple privation de mouvement (l’arrestation) et donc à la vie dans les prisons ; mais aussi à l’immobilisation dans les transports, dans les hôpitaux, à la fonction de la position assise dans les écoles (quelles contraintes exerce l’école sur le corps des élèves, parvient-elle à les compenser et comment, que dire de ce concept discuté et à coup sûr contestable d’ »hyperactivité » ?), au problème des troupes arrêtées en stratégie militaire et policière, au rôle tout aussi stratégique de l’immobilité dans les manifestations…

Nous nous demanderons si l’immobilité est simplement contrainte voire disciplinaire et ce qui reste d’une statique libre, résistante. Plus généralement, le peuple est-il par essence ou historiquement mobile ? Que serait un peuple totalement ou partiellement statique, qui ne « circule » plus ? Aurait-il encore une identité de peuple ? Il s’agit généralement de savoir à la fois comment on la tolère l’immobilité et comment on la tient. Il ne s’agit pas simplement d’en faire l’éloge ou la critique, mais de la rechercher, dans une suite d’entretiens. Chaque séance est indépendante depuis le début de ce séminaire.


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