François SAUVAGNAT, « Énonciation et logiques du fantasme » — ENS rue d’Ulm, Salle Simone Weil — Les mardi 13 janvier, 10 février, 10 mars, 7 avril, 12 mai 2015 de 21 h à 22 h

Document du mercredi 3 décembre 2014
Article mis à jour le 27 février 2015
par  François Sauvagnat , art./M.P.R.

Énonciation et logiques du fantasme

François Sauvagnat et plusieurs linguistes et psychanalystes

On sait que S. Freud a caractérisé à la fois la structure des pulsions (Pulsions et destins des pulsions) et celle du fantasme « On bat un enfant » par des phrases, dont les modifications marquent l’effectuation, la production du sujet. Et d’emblée se pose pour lui la question de savoir comment se nouent ces quatre domaines : pulsions/fantasmes ; grammaire/logique.

Les références de Freud à la « grammaire des pulsions » sont plus nombreuses qu’on ne l’imagine parfois : les observations pédiatriques initiales de Samuel Lindner utilisaient déjà diverses métaphores grammaticales (quoique essentiellement à propos de la temporalité et du « style » du suçotement enfantin) ; Freud identifie les pulsions au problème des impersonalia (il est peu douteux qu’il a au moins entendu parler de l’ouvrage de Franz Miklosisch, Die Verba impersonalia in Slawischen,1865), assez allusivement au départ, puis franchement avec la notion de « Es » ; du coup, le type de grammaire qu’il suggère est réduit à un trognon (les voix active et passive, le renversement sémantique amour/haine, le « changement d’objet ») , centré autour de la notion de « renversement », et « acéphale » . D’une certaine façon, on pourrait dire que le drame pulsionnel tel que Freud le comprend consiste en ce que ce qui est « non subjectivé » se joue en termes de renversements (Verkehrungen) catastrophiques — sur fond traumatique. Ce privilège du renversement se retrouvera, de façon contemporaine, dans la problématique du narcissisme, et ultérieurement, dans la façon dont Lacan utilise de schéma L pour décrire différents modes d’effectuation du symptôme.

La logique, dès l’Art de penser de Port Royal, se différencie de la grammaire essentiellement par le jugement — qui nécessairement suppose un sujet localisable, et c’est encore le cas chez les logiciens qui inspirent directement S. Freud ;.néanmoins, pour lui, une particularité disproportionnée s’impose : ne le concerne vraiment que le jugement négatif. Un choix visiblement imposé par ce qu’il avait mis en évidence dans la clinique : les défenses, qu’il a précisément tenté de caractériser comme jugements négatifs — si l’on veut, comme choix vitaux négatifs. Si la grammaire, réduite à ses « renversements », caractérise les pulsions, le sujet, de son côté, se marque, s’effectue par des jugements négatifs.

L’article Die Verneinung, par une torsion de la théorie brentanienne du « jugement », en développe la trame — et la longue liste des jugements négatifs institue les moments de positionnement du sujet, à commencer par le caractère interdit de l’objet fondamental (Die Mutter ist es nicht !), pour continuer par les formes de refus dans lesquels se cache, se recèle le sujet (en particulier dans l’article On bat un enfant). Une négativité dont les pendants sociaux sont nettement attestés, ce qui a pu faire écrire à J. Lacan, dans son article sur la criminologie, que chaque société institue le sujet comme une instance négative — le rituel du Jang confucéen dans la Chine classique décrite par Granet, le ketman décrit par Gobineau au Moyen-Orient, l’homme occidental inhibé décrit par Schulz-Hencke, etc.

Néanmoins, il est revenu à J. Lacan de trancher en « nommant », dans un de ses séminaires bientôt édités, la « logique du fantasme » , non plus seulement dans une opposition à la grammaire des pulsions, selon une répartition freudienne entre « renversements pulsionnels » et « négativité du sujet », mais en ajoutant une condition supplémentaire, qui est celle de l’énonciation.

Il s’agira pour nous de repérer les solutions adoptées par J Lacan lorsqu’il considère qu’il existe une logique du fantasme (titre d’un séminaire à paraître) : elle s’incarne dans le dire, et elle est temporalisée, selon un temps qui est celui de la précipitation, comme Lacan l’a montré dans le Temps logique. Si le fantasme désigne les conditions du désir comme « envers de la réalité » (schéma R dans les Écrits), ce avec quoi le sujet calcule sa position, son symptôme, et l’analyste son intervention, c’est la précipitation qu’impose le caractère incommensurable du réel.

Quelques références :

• Lacan J. : Écrits, Seuil, Paris 1966.

• Lacan J. Le séminaire : la logique du fantasme, 1966-67

• Lacan J. : Le séminaire, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, Paris 1974.

• Lacan J. : Le séminaire : Les psychoses, Seuil, Paris

• Lacan J. : De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, réédition Seuil, Paris

• Lacan J. : Le séminaire : Encore, Paris Seuil 1974.

• Lacan J. : Le séminaire : Le sinthome.

• Lacan J. : Autres Écrits.

• Sauvagnat F. : « Édouard Pichon et J. Lacan : Convergences et divergences », Actes du colloque international « Damourette et Pichon » (Cerisy 2009), Editions Lambert Lucas 2010.

• Sauvagnat F. : « Écholalie et subjectivation dans la psychose infantile », in revue Art et Thérapie, déc. 1999, nº 68/69, p. 94-98.

• Sauvagnat F. :« Les constructions cliniques autour du silence des pulsions », in Langage et construction clinique, Sous la direction de J. Giot et J. Kinable, Presses Universitaires de Namur, 1999, p. 259-292.

• Sauvagnat F. : « À propos des conceptions françaises de la schizophrénie : de la discordance à la problématique RSI », in Synapse, Journal de Psychiatrie et Système Nerveux Central, nº 169, octobre 2000, p. 49-58.

• Sauvagnat F. : « Hallucinations psychotiques et énonciation », in La voix, dans et hors la cure, nº thématique, revue Psychologie clinique, nº 19, 2005, p. 93-125.

• Sauvagnat F. : « Remarques sur les rapports entre J Lacan et N Chomsky » [“Remarks on the relationship between J. Lacan & N. Chomsky”], in Revue Internationale Langage et Inconscient, nº 3, janvier 2007, p. 102-120.

Sauvagnat F. : « La question de la structure du silence en psychanalyse, in Insistance 2011/2, p. 78-91. »

• Sauvagnat F. : « Phénomènes élémentaires et fonction de l’écrit », in Quarto, Revue Freudienne de Belgique nº 68, octobre 1999, p. 39-44.

• Sauvagnat F. : « Sur la difficulté du repérage des phénomènes élémentaires chez les enfants », in Déclenchement et non déclenchement dans les psychoses, Section Clinique de Rennes, 1999-2000, ouvrage collectif, p. 33-60.

• Sauvagnat F. en collaboration avec Sauvagnat R. : « La question de l’inexistence du corps : à propos du vitalisme », in Trames, actualité de la psychanalyse, nº 30-31, avril 2001, p. 151-167.

• Sauvagnat F. : « Det ubevidse er kroppen », in De fire grundbegreber — om Lacan : “Psykoanalysens fire begreber” (« L’inconscient c’est le corps », in Les quatre concepts fondamentaux — à propos des quatre concepts fondamentaux de J. Lacan ; en danois) éd. Rasmussen R. et Thambour T., Forlaget politisk revy, Koebenhavn, 2002, p. 55-79.

• Sauvagnat F. : « Position actuelle de la question des hallucinations chez les enfants psychotiques », in Les enjeux de la voix en psychanalyse, dans et hors la cure, ouvrage collectif, Presses Universitaires de Grenoble, 2002, p. 59-84.

• Sauvagnat F. : « Body structure in autistic and psychotic children », in Helena de Preester & Veroniek Knockaert (eds) “Body image and body schema”, John Benjamin Publishing Co, Advances in Consciousness research 62 (2005), p. 153-172.

• Sauvagnat F. E. Pichon et J. Lacan : une tentative d’état des lieux des influences, convergences et divergences, in actes du colloque de Cerisy-la-Salle, Damourette et Pichon, sous la direction de Michel Arrivé, ed Lambert-Lucas 2010, p. 285-299.

• Sauvagnat F. (en collaboration avec P. Bonny) : La question du genre Chez Damourette et Pichon ; quelques implications des notions de sexuisemblance et sexuiférence, spécialement pour les sciences humaines, in actes du colloque de Cerisy-la-Salle, Damourette et Pichon, sous la direction de Michel Arrivé, éd. Lambert-Lucas 2010, p. 233-247.

• Entretien avec F. Sauvagnat : Les hallucinations verbales http://www.radiolacan.com/fr/topic/99/6


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